LES PORTES-AVIONS partie 1

LES PORTES-AVIONS partie 1

PREMIÈRES TENTATIVES 1910-1918

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Clément Agnès Ader, né le 2 avril 1841 à Muret et mort le 3 mai 1925 à Toulouse, est un ingénieur français, pionnier de l'aviation. Il aurait été le premier à faire décoller un engin motorisé plus lourd que l'air en 1890. Ce vol, antérieur à celui des frères Wright en 1903, est controversé en raison de doutes sur sa réalité et des caractéristiques de stabilité et de contrôle de l'appareil, le rendant quasiment incontrôlable dans l'air.

Alors que les plus lourds que l'air prennent leur essor au début du XXe siècle, plusieurs marines s'intéressent à leur utilisation à bord de leurs lourds navires de guerre. En 1909, l'inventeur français Clément Ader publie dans son ouvrage L'Aviation militaire la description de navires porte-avion  servant à l'observation, au torpillage des navires ennemis et à la protection du territoire national français. D'autre part, le remisage des avions devra nécessairement être aménagé sous le pont. L'accès s'effectue par un monte-charge obturé par une grande trappe à coulisse comprenant des joints étanches ne laissant pas filtrer l'eau. Ce procédé est appliqué sur les porte-avions actuels. Ader imagine aussi des cheminées rétractiles afin de laisser libre le pont pendant les manœuvres des avions. Ce système est essayé sur certains porte-avions japonais à partir des années trente. Ader décrit également le décollage et l'appontage des appareils vent debout tel qu'il est pratiqué de nos jours.

De l’utilité des plates-formes sur les cuirassés

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L’US Navy commence à s’intéresser à l’aviation à l’été 1910 et charge le capitaine Washington Irving Chambers  et ses adjoints William McEntee du Bureau of Construction and Repair et Nathaniel H. Wright du Bureau of Steam Engineering de la tenir au courant des progrès accomplis. Le premier décollage d'un avion en mer a lieu à titre expérimental dans la baie de Chesapeake le 14 novembre 1910, à bord du croiseur USS Birmingham de 3 750 tonnes équipé pour l'occasion d'une plate-forme de 24,60 × 7 mètres et inclinée à 5 %. C'est le pilote américain Eugene Ely qui réalise l'exploit à bord d'un biplan Curtiss 1911 modèle D, qui se pose à 4 km de là, sur la plage de Willoughby Spit (Virginie). Le secrétaire d’État à la Marine George von Lengerke Meyer  déclare peu après : Cette expérience et les progrès accomplis en aéronautique semblent indiquer que l’aviation est appelée à jouer un rôle dans la guerre navale du futur, même s’il n’est pas encore question de concevoir une plate-forme dédiée (on parle de plate-forme amovible installée sur les tourelles des cuirassés) tant que vous m’aurez montré qu’il est possible pour un aéroplane de se poser sur l’eau le long d’un cuirassé et d’être hissé à bord sans l’aide d’une quelconque plate-forme. Le 18 janvier 1911, Ely apponte avec le même avion sur la plage arrière de 36,4 × 9,6 mètres du cuirassé USS Pennsylvania  dans la baie de San Francisco (Californie). Glenn Curtiss amène le 17 février son hydravion le long du Pennsylvania et le fait hisser à bord.

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L’intérêt pour l’aviation navale est plus palpable en France et, surtout, au Royaume-Uni. Le premier navire spécifiquement destiné à emporter des aéronefs est le transport d'hydravions français Foudre, un croiseur de 6 000 tonnes, lancé en 1895, et qui est modifié pour son nouveau rôle entre 1911 et 1912. Lors des grandes manœuvres navales de mai 1914, une douzaine d'hydravions équipés de la TSF est affectée à des missions de reconnaissance jusqu'à 200 km sur divers points de la mer Méditerranée, principalement à Toulon et à Bizerte (Tunisie).

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Charles Rumney Samson 1883-1931

Le lieutenant Charles Rumney Samson est le premier à décoller à bord d’un biplan Short S.38 d'un navire en mouvement (18 nœuds), le cuirassé HMS Hibernia, le 2 mai 1912. Refusant cependant en 1912 la construction d’un bâtiment de 15 000 tonnes et 130 mètres de vol doté de deux ponts puis d’un autre de 20 000 tonnes avec pont continu (flush-deck) de 150 mètres, la Royal Navy préfère adjoindre une plate-forme fixe à des navires existants, dont le croiseur HMS Hermes transformé en transport d'hydravions en 1913 (et comprenant le premier aéronef à voilure repliable, un Short Admiralty 184) puis, à partir de mai 1915, les HMS Arethusa, ses navires sœurs Aurora, Penelope et Undaunted, plus le Caledon, le Dublin, le Yarmouth et le Cassandra.

La Première Guerre mondiale et les premiers porte-avions

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L'HMS Argus au mouillage, en livrée de camouflage Dazzle.

La 1reattaque aéronavale de l’histoire a lieu en septembre 1914 à partir du transport d'hydravions Wakamiya (ex-Lethington) de 7 720 tonnes de la Marine impériale japonaise contre la baie de Jiaozhou, une concession de l’Empire colonial allemand en Chine continentale. Quatre hydravions Maurice Farman bombardent les cibles allemandes (centres de communication et de commandement) et coulent un mouilleur de mines dans la péninsule de Tsingtao jusqu’au 6 novembre 1914, date à laquelle les Allemands se rendent.

Sur le front occidental, le 1er raid aéronaval a lieu le 25 décembre 1914 lorsque 12 hydravions des HMS Engadine, Riviera  et Empress attaquent préventivement la base de Zeppelin de Cuxhaven. Le raid, qui n’est pas un succès total en dépit du bombardement du croiseur SMS Von der Tann démontre la faisabilité d’une attaque aéroportée par voie des mers. Dès mai 1915, la marine russe déploie plusieurs transports d'hydravions (l’Almaz, l’Imperator Alexander I et l’Imperator Nicolaï) lors des opérations menées contre les Turcs en mer Noire (renforcés à l’hiver 1917 par des unités de la flotte roumaine, le Romania, le Regele Carol, le Dacia et l’Imperator Traian embarquant des Grigorovich M-9). Le 12 août 1915, l'HMS Ben-my-Chree  lance un hydravion Short Type 184 pour attaquer un navire turc de 5 000 tonnes en mer de Marmara tandis que le 6 février 1916, les avions de l’Imperator Nicolaï et de l’Imperator Alexander I envoient par le fond le cargo turc Jamingard, le plus gros navire marchand jamais coulé durant la guerre.

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Le HMS Furious avec à bord des Sopwith Camel avant l'attaque sur Tonder (juillet 1918)

Au Royaume-Uni, la traque des Zeppelin de reconnaissance allemands devient systématique à partir de 1915 avec des patrouilles quotidiennes à 80 km des côtes. Mais les transports d’hydravions, assez anciens, sont à la peine. Conçu pour accueillir 4 hydravions de reconnaissance et 4 chasseurs monoplaces, le croiseur HMS Furious de 22 000 tonnes est modifié et mis en service le 26 juin 1917 avec l’adjonction d’un pont continu de 70 mètres, rallongé à partir du 14 novembre à 90 mètres. Doté d’un hangar couvrant cette longueur et de 2 ascenseurs électriques, il embarque 16 aéronefs (Sopwith Pup, Sopwith Camel et Sopwith 1½ Strutter) et peut être considéré comme le premier porte-avions. Il compte à son actif le 1er appontage sur un navire en mouvement sur Sopwith Pup le 2 août 1917 et l’attaque, le 19 juillet 1918, d’une usine de Zeppelin à Tønder (Danemark) et la destruction d'un Z-54 et d'un Z-60 par 7 Sopwith Camel. Cependant, peu avant la fin de la guerre, le 6 septembre 1918, est commissionné l'HMS Argus de 15 750 tonnes, le premier porte-avions conçu dès l'origine pour recevoir un pont continu (sans îlot) de 160x26 mètres. Il met en œuvre 20 aéronefs, dont des Sopwith Camel et des avions d'attaque Sopwith Cuckoo.

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C’est à partir du transport d'hydravions Wakamiya qu’est conduit le 1er raid aéronaval en septembre 1914

L'essor du porte-avions (1919-1935)

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Le 11 juillet 1921, les grandes puissances décident de se rencontrer afin de décider de la limitation des armements navals. Une conférence, du 12 novembre 1921 au 6 février 1922, aboutit au traité de Washington. En plus d'une limitation en tonnage global, le nombre de porte-avions de plus de 27 000 et de moins de 33 000 tonnes est limité à deux par pays. Étant donné que la plupart des marines dépassent le tonnage autorisé des navires de bataille et sont sous les quotas en ce qui concerne les porte-avions, nombre de croiseurs en construction sont transformés en porte-avions. Néanmoins, les marines européennes ne s'intéressent pas toutes à la projection de forces dans l’océan Atlantique et donc à la construction de porte-avions. La Kriegsmarine allemande préfère la guerre de course avec des croiseurs et cuirassés rapides tandis que la Regia Marina italienne possède des porte-avions naturels entre la Sardaigne, le bout de sa botte, la Sicile et ses bases en Afrique du Nord.

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L'USS Langley au large de San Diego avec des Vought VE-7SF  sur son pont

C’est autant valable pour la Marine nationale française qui se contente de transformer de 1923 à 1927 un seul cuirassé en porte-avions, le Béarn de 25 000 tonnes. Par contre, la Royal Navy, qui est chargée des opérations à travers le monde, a un besoin évident de porte-avions en plus des HMS Hermes et Eagle. Aux États-Unis, en 1922, le Congrès autorise la conversion d’un ancien charbonnier en porte-avions expérimental (qui n'est donc pas décompté des quotas) : disposant d'une catapulte à air comprimé, de brins d’arrêt et d'un ascenseur, le peu rapide USS Langley (CV-1) de 11 500 tonnes met en œuvre 34 avions et sert à tester les procédures liées à l’aviation embarquée. Bien que contraignant, le traité de Washington est une aubaine pour le contre-amiral William A. Moffett du Bureau of Aeronautics  (BuAer) qui présente en mars 1922 un « plan à cinq ans qui aboutit à la transformation des croiseurs USS Lexington et USS Saratoga (construits à 30 %) en porte-avions disponibles fin 1924. Les bâtiments de 36 000 tonnes ne sont cependant lancés que, respectivement, le 7 avril et le 3 octobre 1925. Lors du lancement de la tête de série, Moffett déclare : Je suis convaincu qu’une attaque lancée depuis de tels porte-avions, depuis un lieu tenu secret, à un moment tenu secret, vers un objectif tenu secret, ne peut être contrée. Il faut dire que les deux sisterships ont déjà toutes les caractéristiques des grandes unités des années 1950 : longs (271 mètres), larges (32 mètres), rapides (33 nœuds), dotés d'une étrave fermée, d’un pont élevé, d’un îlot conçu pour opérations de commandement et de contrôle, d’une hauteur de hangar importante, etc.

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William Adger Moffett (31 octobre 1869 – 4 avril 1933) est un amiral américain célèbre pour avoir participé à la création de l'aéronautique navale de l'US Navy.

De son côté, la Marine impériale japonaise convertit des navires inachevés (le cuirassé Kaga et le croiseur de bataille Akagi de 33 000 tonnes) en porte-avions pour se plier au traité. Avec l'aide des Britanniques, elle met en service le 27 décembre 1921 le Hosho de 10 500 tonnes, doté d'un îlot décalé sur tribord (supprimé deux ans plus tard) et de trois cheminées rétractables.

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L’USS Saratoga (1935)

Le Traité de Londres de 1930 et les forces en présence

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Le Shokaku lors de son commissionnement (25 septembre 1941)

En 1928, les appareils du Langley simulent une attaque sur Pearl Harbor qui démontre clairement les possibilités de l’aviation embarquée. De même, en janvier 1929, lors de l’exercice Fleet Problem IX, le Saratoga lance contre des installations du canal de Panama, une attaque de 83 avions à laquelle les avions de l’United States Army Air Corps sont incapables de s’opposer. Cependant, le Saratoga est virtuellement coulé lors de la contre-offensive qui s’ensuit. Pourtant, aucun enseignement n’est vraiment tiré de ces exercices. Du 21 janvier au 22 avril 1930, Moffett fait partie de la délégation américaine du Traité naval de Londres, aux termes duquel le quota de 135 000 tonnes sur les porte-avions est maintenu pour la marine américaine, à la condition qu’aucun nouveau bâtiment de moins de 10 000 tonnes ne soit construit. Dans les années 1930, l’US Navy met en service plusieurs porte-avions : le Ranger (CV.4) de 14 500 tonnes (17 577 tonnes à pleine charge) en 1934, le Yorktown (CV.5) en 1937 et son sistership Enterprise (CV.6) en 1938, tous deux de 19 900 tonnes. Le quota de tonnage accordé par les Traités permet de les compléter en 1940 par le Wasp (CV.7), un peu plus léger que ses prédécesseurs (14 700 tonnes). Enfin le Hornet de la classe Yorktown les rejoindra en 1941. On notera également l'expérimentation de dirigeables porte-avions dont trois exemplaires sont mis en service au cours de cette période, mais avec des résultats non probants.

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Jamais mis en service, le Graf Zeppelin lors de son lancement (8 décembre 1938)

Dans la seconde moitié des années 1930 la Royal Navy met en chantier cinq porte-avions : l'Ark Royal de 22 000 tonnes de déplacement ainsi que les quatre de la classe Illustrious (dont le HMS Illustrious, le HMS Formidable et le HMS Victorious).

Après la révocation du traité de Washington le 29 décembre 1934 par le Japon et l’échec de la 2e Conférence navale de Londres en décembre 1935, chacune des grandes puissances retrouve sa liberté, donnant aussitôt lieu à une reprise de la course aux armements. De 1935 à 1938, le Kaga et l'Akagi sont refondus tandis que sont lancés le Soryu de 19 500 tonnes (1935) et son sistership le Hiryu (1937) construits selon les quotas, le Shokaku de 32 105 tonnes et son sistership Zuikaku (1941), supérieurs à tout autre porte-avions au monde, avant l’apparition de la classe américaine Essex durant la guerre. Par ailleurs, la Kriegsmarine lance le 8 décembre 1938 le Graf Zeppelin de 33 550 tonnes, inspiré de l’Akagi, mais qui ne sera jamais armé.

La Seconde Guerre mondiale

La bataille de Narvik (1940)

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La dernière photo de l'HMS Glorious (8 juin 1940)

La principale raison ayant motivé l'Allemagne nazie à occuper la Norvège est la dépendance de son industrie vis-à-vis du minerai de fer suédois, qu'elle recevait des ports norvégiens dont Narvik. En sécurisant leur accès, l'Allemagne est en mesure de recevoir son approvisionnement en minerai et ce malgré le blocus maritime imposé par la Royal Navy. Par ailleurs, alors que la bataille de l'Atlantique prend de l'ampleur, le contrôle des aérodromes norvégiens, comme celui de Stavanger, devient d'une importance capitale, permettant aux avions de reconnaissance allemands d'opérer dans l'océan Atlantique Nord, sans avoir à survoler ou à longer les côtes britanniques. Le 9 avril 1940, l’Allemagne envahit la Norvège. La Royal Navy met sur pied la Task Force Z, qui comprend le HMS Furious. Cependant, après le déploiement de 90 bombardiers allemands basés à terre, la flotte anglaise se retire. Le lendemain, 16 Skua basés à terre attaquent le croiseur Koeningsberg à quai à Bergen. Au même moment, plusieurs destroyers britanniques coulent 2 destroyers allemands et avec le cuirassé Warspite en coulent 10 autres à Narvik. Alors que la flotte allemande prend le large, le Furious coule un U-boot dans un fjord voisin. Le 23 avril 1940, les Britanniques sont prêts à une contre-invasion à Trondheim et les HMS Ark Royal et Glorious catapultent des Skua pour fournir une couverture aérienne. Les Allemands réussissent à repousser l’attaque britannique et le Glorious et son escorte (les destroyers HMS Acasta  et HMS Ardent sont coulés avec environ 2 300 marins par les croiseurs de bataille Gneisenau et Scharnhorst alors qu’ils regagnent leur base de Scapa Flow. Finalement, la Kriegsmarine perd un croiseur lourd coulé par les batteries cotières, deux croiseurs légers, douze destroyers et six sous-marins, tandis que la Royal Navy perd un porte-avions, deux croiseurs, sept destroyers et un sous-marin.

L'opération Catapult (1940)

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Des Blackburn Skua sur le pont de l’HMS Ark Royal

Déclenchée dans la nuit du 2 au 3 juillet 1940 par la Royal Navy, l'opération Catapult vise à s’assurer que la flotte française ne puisse pas tomber aux mains des Allemands ou des Italiens. Son objectif était donc de s'emparer ou (à défaut) de détruire les bâtiments français, où qu’ils soient stationnés. Dans les ports de Plymouth et Portsmouth, les militaires anglais investissent les bâtiments français et procèdent aussitôt à leur désarmement. Sont ainsi saisis deux cuirassés, deux contre-torpilleurs, huit torpilleurs, six sous-marins, treize avisos et plus d'une centaine de bâtiments légers. Pour les Français, ce coup de force est injustifié, car les Allemands (et encore moins les Italiens) n'auraient pu capturer par la force des bâtiments français réfugiés dans des ports de guerre en Grande-Bretagne. De plus un certain nombre d'entre eux ne pouvaient appareiller car ils n'étaient plus en état de naviguer. Pour les Britanniques, doutant de l'application réelle par l'Allemagne des clauses de l'armistice, il importait surtout d'éviter que ces unités ne puissent retourner dans les ports de la France occupée.

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Sortie sous le feu de la Royal Navy des bâtiments de la Marine nationale française à Mers el-Kébir (3 juillet 1940). Le contre torpilleur Terrible dans les eaux du Volta

En parallèle à cette saisie, par la ruse et la force, des bâtiments français dans les ports de Grande-Bretagne, le croiseur de bataille HMS Hood, les cuirassés HMS Valiant et HMS Resolution et le porte-avions HMS Ark Royal accompagnés d’une escorte de croiseurs et de destroyers s’apprêtent, au matin du 3 juillet, à attaquer Mers el-Kébir (Algérie). En dépit des termes sans équivoque de l’ultimatum, l'escadre de la Marine nationale française, pourtant de puissance égale, mais en cours de désarmement, n’est pas préparée à l’attaque de leurs alliés de la veille. Amarrés « cul-à-quai » à la digue du port, l'artillerie principale des croiseurs de bataille Dunkerque et Strasbourg , armés chacun de 2 tourelles quadruples de 330 mm en chasse, a un champ de battage réduit vers la mer, d'où les bâtiments britanniques les canonnent. Les canons des bâtiments de la Royal Navy ouvrent le feu à distance maximale le 3 juillet 1940 et coulent le cuirassé Bretagne. Les navires de ligne Provence et Dunkerque ainsi que le contre-torpilleur Mogador sont gravement endommagés. Le croiseur de bataille Strasbourg s’échappe du port assiégé, escorté par 4 contre-torpilleurs. Les bâtiments sont attaqués deux fois par les obus de 380 mm des navires de ligne britanniques et les torpilles des avions torpilleurs Swordfish de l’Ark Royal mais le Strasbourg parvient à rejoindre Toulon le 4 juillet. Une nouvelle attaque aérienne, le 6 juillet au matin, coule par torpille le patrouilleur Terre Neuve, dont l’explosion endommage le Dunkerque.

Le 4 juillet, à Alexandrie (Égypte), concluant un accord entre l'amiral français René-Émile Godfroy et l'amiral britannique Andrew Cunningham, la flotte française évite le combat, sauvant ainsi le cuirassé Lorraine et les croiseurs Duquesne, Tourville et Suffren, trois torpilleurs, un sous-marin et surtout épargnant la vie de plusieurs centaines de marins.

Enfin, le 8 juillet, à Dakar (Afrique-Occidentale française), des Swordfish du HMS Hermes attaquent à la torpille (sans le détruire mais en l'immobilisant) le Richelieu, le plus moderne des cuirassés de la Marine nationale française déplaçant 35 000 tonnes. Finalement, 1 300 marins français trouveront la mort en une semaine au cours de l’opération Catapult, tués par leurs alliés de la veille.

La défense de Malte (1940-1942)

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Le HMS Formidable (1942)

En entrant en guerre aux côtés de l’Allemagne en 1940, l’Italie et sa puissante flotte menacent en mer Méditerranée l’approvisionnement britannique en pétrole d’Arabie. L’île de Malte est, à cet effet, un point stratégique et les porte-avions HMS Eagle, HMS Ark Royal et HMS Illustrious de la Royal Navy n’auront de cesse d’y transférer une aviation et d’escorter les convois de ravitaillement. Le 9 juillet 1940, l’Eagle lance des Fairey Swordfish contre les forces italiennes, coulant un destroyer. Dans la nuit du 11 au 12 novembre 1940, l’Illustrious lance 12 Swordfish contre la base navale italienne de Tarente (opération Judgement) coulant le Conte di Cavour, endommageant le Littorio et l’Andrea Doria. Une seconde vague de 9 Swordfish touche à nouveau le Littorio et également le Caio Duilio. Seulement 2 avions sont perdus durant l’opération et il est clair que la leçon de cette victoire est retenue par l’amiral Isoroku Yamamoto de la Marine impériale japonaise. L’Allemagne envoie 300 avions (Fliegerkorps X) sur des bases aériennes italiennes proches de la Méditerranée centrale, dont des Ju 87 Stuka et Ju 88, qui attaquent l’Illustrious le 10 janvier 1941, l’endommageant au point qu’il gagne les États-Unis pour réparations. Si bien que la Regia Marina pense (à tort) que la Royal Navy ne possède plus qu’un navire amiral sur zone et estime qu’une force de croiseurs lourds articulée autour du tout neuf cuirassé Vittorio Veneto est suffisante pour faire face aux débarquements de matériels et d'hommes en Grèce, qui vient d'entrer en guerre contre l'Axe. En réalité, la Royal Navy dispose du porte-avions HMS Formidable, de 3 navires de ligne et de 9 destroyers.

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Des Fairey Swordfish survolant le HMS Ark Royal

Ultra déchiffre des messages annonçant l’appareillage le 26 mars 1941 de la flotte italienne, composée du cuirassé, de 6 croiseurs lourds, de 2 croiseurs légers et de destroyers, une information confirmée par son survol par un hydravion anglais à 150 km au sud-est de la Sicile. La bataille a lieu les 27 et 29 mars 1941 au large du Ténare (ou cap Matapan) (Grèce).  Le Formidable lance 6 bombardiers-torpilleurs Fairey Albacore  dont l’un touche l’hélice bâbord du Vittorio Veneto. Plus tard, 6 Albacore et 2 Fairey Swordfish sont catapultés et touchent le croiseur Pola. La flotte italienne est repérée de nuit grâce aux radars des destroyers britanniques, lesquels coulent le Pola, le Zara  et le Fiume  ainsi que 2 destroyers. Le 26 mai 1941, de retour de Crète et convoyant des avions vers Malte, le Formidable est attaqué par 12 bombardiers-torpilleurs allemands et endommagé par 2 bombes d’une tonne. Il rejoint les États-Unis pour réparations. La Mediterranean Fleet est désormais composée du HMS Ark Royal qui remplit de nombreuses missions en mai 1941 dont les convoyages de Supermarine Spitfire et de Hawker Hurricane à Malte. Le 22 mai 1941, le porte-avions se trouve dans l’océan Atlantique à la recherche du Bismarck.

La fin du Bismarck (1941)

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Un Swordfish à l’appontage sur l’HMS Ark Royal après le torpillage du cuirassé Bismarck (26 mai 1941)

Le 21 mai 1941, le cuirassé Bismarck et le croiseur lourd Prinz Eugen quittent Bergen (Norvège) en direction du nord-est de l’Islande pour commencer à attaquer les convois traversant l’Atlantique. Le 22 mai, le croiseur de bataille HMS Hood et le cuirassé HMS Prince of Wales quittent Scapa Flow pour intercepter les deux bâtiments allemands. Le 23 mai, dans le détroit de Danemark, des destroyers britanniques attaquent le Bismarck mais leurs tirs n'entament pas le blindage du cuirassé qui riposte en coulant le Hood avec 1 400 marins. Avarié, le HMS Prince of Wales rompt le combat après avoir réussi à toucher deux soutes à combustible du cuirassé allemand, qui doit rejoindre Brest pour réparation après s'être séparé du Prinz Eugen. Le 24 mai, le porte-avions HMS Victorious lance 9 Swordfish et 2 Fairey Fulmar contre le Bismarck, mais une seule torpille touche le Bismarck, sans vraiment d’effets. Le 26 mai, un avion de patrouille maritime PBY Catalina repère le Bismarck. Quatorze avions torpilleurs Fairey Swordfish s'envolent du porte-avions HMS Ark Royal et dans le brouillard, attaquent par méprise le croiseur léger HMS Sheffield, heureusement sans l'atteindre. Après être retournés sur le porte-avions, les avions sont réarmés en une heure et repartent à l’attaque, localisant cette fois-ci le Bismark qui est touché par 2 torpilles qui endommagent son appareil à gouverner. Tandis qu'il tourne en rond, les cuirassés King Georges V et Rodney le pilonnent au canon, le croiseur lourd HMS Dorsetshire dont un obus de 203 mm avait détruit dès le début du combat son système radar, le condamnant à tirer en optique, l'achève en le torpillant, le 27 mai avec environ 1 900 marins à bord. Le croiseur lourd Prinz Eugen parviendra à rejoindre Brest. Ni la Luftwaffe ni les U-boot n'ont tenté de sauver le Bismark.

Des CAM ships aux porte-avions d'escorte

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Un Hawker Hurricane lancé d'un CAM ship

La plus grande menace pour les forces alliées en océan Atlantique est constituée par les U-Boote allemands. Les hydravions Short Sunderland et les avions de patrouille maritime PB4Y Privateer sont utilisés dans des missions de lutte anti-sous-marine mais le rayon d’action limité de ces appareils laisse une zone non couverte au milieu de l’Atlantique. Pour résoudre le problème, la Royal Navy monte des Supermarine Spitfire lancés par catapulte sur 50 navires marchands transformés en CAM ships (Catapult Armed Merchants). Bien que la solution soit transitoire, un Supermarine Spitfire lancé le 3 août 1941 abat un Condor. Le développement de la bataille de l’Atlantique voit le développement de porte-avions d'escorte (CVE) legerset peu rapides, destines à assurer une couverture aérienne aux convois. Le premier d’entre-eux, le HMS Audacity, transformé à partir d’un navire marchand allemand capturé, le MV Hannover, sert de modèle aux porte-avions d'escorte américains, comme l’USS Long Island, lancé le 11 janvier 1940.

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Le HMS Audacity, le 1er porte-avions d'escorte

Opérationnel quant à lui en juin 1941, l’Audacity abat à proximité de Gibraltar un Condor de patrouille maritime allemand grâce à un Supermarine Spitfire. Plusieurs classes représentant environ 130 bâtiments sont construites aux États-Unis et mises en œuvre en vertu de la loi prêt-bail (Lend-Lease) de février 1941 par le Royaume-Uni : la classe Long Island (1 armé par l’US Navy, l'USS Long Island; 1 par la Royal Navy, le HMS Archer), la classe Charger (1 par l’USN, l’USS Charger ; 3 par la RN sous le nom d’Avenger), la classe Sangamon (4 par l’USN), la classe Bogue (11 par l’USN, 34 par la RN sous les noms d’ Attacker et d’Ameer), la classe Casablanca (50 par l’USN) et la classe Commencement Bay (19 par l’USN). En avril 1943, la menace des U-Boote atteint un pic. Ce mois-là, les convois alliés perdent un tonnage de 567 000 tonnes contre seulement 6 sous-marins allemands coulés. Les avions des porte-avions d'escorte USS Bogue, HMS Archer, HMS Biter et HMS Dasher (constitués en hunter-killer groups) commencent à éloigner les U-Boote. Le 23 avril, le Biter aidé d'un destroyer est le premier porte-avions à couler un U-Boot. Bientôt, les attaques de l’Archer et du Bogue sont couronnées de succès. Le 4 octobre, les avions de l'USS Card coulent 3 sous-marins d'un coup. Le bâtiment terminera la guerre avec 8 victoires à son actif contre 10 pour le Bogue. Le 4 mai 1944, l'USS Guadalcanal arraisonne et capture le U 505 au large de l'Afrique-Occidentale française. En plus d'être le 1er bâtiment capturé par l'US Navy depuis 1815, il sera d'une grande utilité pour les services de contre-espionnage américains.

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Le U 505 peu de temps après sa capture par l'USS Guadalcanal (4 mai 1944)

Le décryptage des codes allemands et l'aide des bombardiers à long rayon d'action B-24 Liberator permet d'avril à septembre 1943 aux porte-avions d'escorte d'envoyer par le fond 33 U-Boote (et d'aider à en couler 12 autres) dans l'Atlantique et 14 dans l'Arctique. Sur les 151 porte-avions américains en service durant la Seconde Guerre mondiale, 122 sont des porte-avions d'escorte. Dans le même temps, le Japon en construit 14.

L'attaque de Pearl Harbor et les succès japonais (1941-1942)

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Attaque de l’USS Langley à proximité de Java (Indes orientales néerlandaises) (27 février 1942)

Encouragé par le succès britannique à Tarente et dans le cadre de l’expansion impériale, l’amiral Isoroku Yamamoto lance une task-force (Kidô Butai) comprenant 6 de ses meilleurs porte-avions : le Kaga, l’Akagi, le Soryu, le Hiryu, le Shokaku et le Zuikaku contre la Flotte du Pacifique américaine à Pearl Harbor. Avant l’aube du 7 décembre 1941, plus de 350 chasseurs Mitsubishi A6M Zero, bombardiers-torpilleurs Nakajima B5N Kate et bombardiers en piqué Aichi D3A décollent des porte-avions japonais. Leur attaque commence à 7 heures 30 du matin. La 1re vague touche les bases aériennes autour de l’île d’Oahu afin de détruire la défense antiaérienne américaine. Les avions continuent sur Pearl Harbor pour attaquer les navires de ligne au mouillage. En deux heures, 8 cuirassés, 3 croiseurs, 3 destroyers, 4 autres navires et 250 avions sont coulés ou endommagés.

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Un bombardier-torpilleur Nakajima B5N Kate est catapulté du Shokaku en direction de Pearl Harbor (7 décembre 1941)

Les pertes américaines comprennent 2 400 morts et 1 200 blessés. La surprise de l’attaque japonaise est si complète que seulement 29 avions japonais sont perdus. Par chance, les porte-avions américains ne sont pas au port : l’USS Saratoga est sur la côte ouest pour réparations, et l’USS Enterprise et l’USS Lexington convoient des avions jusqu’aux îles Midway. Après son succès à Pearl Harbor, la Kidô Butai poursuit ses opérations dans le Pacifique, qui la mènent à la prise de Wake, de Guam, des îles Gilbert, de Hong Kong et des Philippines. La Royal Navy, redoutant à son tour une attaque sur ses positions sud-asiatiques, fait appareiller la Force Z en direction de Bornéo pour empêcher un éventuel débarquement japonais en Malaisie. Le 10 décembre 1941, au large des îles Anambas, le cuirassé HMS Prince of Wales et le croiseur de bataille HMS Repulse sont repérés par le sous-marin I-65 puis par 3 hydravions. L'aviation japonaise fait décoller 88 avions (dont 61 bombardiers Mitsubishi G3M et 17 bombardiers-torpilleurs Mitsubishi G4M), qui torpillent et coulent les deux bâtiments le long des côtes de Kuantan (Mer de Chine méridionale) faute d'avoir reçu un soutien aérien. Après avoir conquis Singapour, les Japonais se dirigent vers le sud pour prendre possession des champs pétroliers des Indes orientales néerlandaises, battant la flotte de l’ABDA en février et mars 1942 aux alentours de Java, détruisant notamment l’USS Langley le 27 février. Peu avant, le 18 février 1942, 188 avions japonais des porte-avions Kaga, Akagi, Soryu, et Hiryu ou bases à terre attaquent Darwin (Australie), coulant 8 navires et détruisant 18 avions.

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L’aviation embarquée du Shokaku avant la 2e vague de l’attaque de Pearl Harbor. À l’avant-plan, un chasseur Mitsubishi A6M Zero (7 décembre 1941)

Le Japon s’intéresse ensuite à Ceylan et aux côtes de l’Inde, passage stratégique du pétrole du golfe Persique destiné à la Royal Navy. Cette dernière met sur pied une task force comprenant le cuirassé HMS Warspite, 4 navires de la Première Guerre mondiale et les porte-avions HMS Indomitable, Formidable et HMS Hermes. La Marine impériale japonaise envoie une contre-force de 5 porte-avions et de 4 cuirassés pour attaquer les Britanniques à Colombo (Ceylan) : le 5 avril 1942, 315 avions embarqués japonais attaquent la base, mais les navires de la Royal Navy se sont déjà retirés à son  Port T  sur l’atoll Addu (Maldives), à 480 km au sud. La flotte anglaise monte cependant une contre-offensive mais est défaite par les porte-avions japonais : 80 bombardiers-torpilleurs Mitsubishi G4M attaquent et coulent les croiseurs HMS Cornwall  et HMS Dorsetshire. L’Hermes est également repéré et coulé à proximité de Ceylan le 9 avril. Le Japon contrôle désormais la totalité du Pacifique de l'ouest d’Hawaii à Ceylan.



29/12/2014
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